Dans un communiqué au ton particulièrement sévère, les signataires de l’Accord de Montana dénoncent ce qu’ils considèrent comme une déconnexion croissante entre les discours de certains partenaires internationaux et la réalité sécuritaire en Haïti. En ligne de mire : le BINUH, le gouvernement de transition et leur volonté affichée de maintenir le calendrier électoral malgré l’emprise persistante des groupes armés.

Le fossé semble désormais total. D’un côté, les autorités haïtiennes et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) continuent d’affirmer que les élections doivent être organisées sans nouveau report. De l’autre, l’Accord de Montana estime qu’un tel scénario relève davantage de la communication politique que de l’analyse objective de la situation du pays.

Dans un communiqué publié le 22 juillet, le Comité de pilotage de l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana s’en prend frontalement aux récentes déclarations du représentant spécial du BINUH devant le Conseil de sécurité des Nations unies, selon lesquelles l’insécurité ne saurait justifier un report du processus électoral. Les auteurs condamnent également les propos de la ministre des Affaires étrangères évoquant une amélioration significative de la situation sécuritaire. Pour eux, ces déclarations constituent une négation des souffrances vécues quotidiennement par la population haïtienne.

Le BINUH face à ses propres contradictions

Le mouvement ne se contente pas de dénoncer une lecture politique de la crise. Il accuse le BINUH de se contredire lui-même.

Le communiqué rappelle que le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies décrit un pays confronté à une aggravation constante des violences, à l’expansion des groupes armés, aux déplacements massifs de population et à l’affaiblissement continu des institutions publiques. Dès lors, Montana juge paradoxal que cette même organisation défende aujourd’hui la tenue d’élections dans un environnement qu’elle décrit elle-même comme profondément dégradé.

L’organisation s’appuie également sur les déclarations du représentant des États-Unis au Conseil de sécurité, qui évoque plus de 1,5 million de personnes déplacées, plusieurs milliers de morts et de blessés depuis le début de l’année ainsi qu’un contrôle toujours très important de la région métropolitaine de Port-au-Prince par les groupes armés. Une lecture qui, selon Montana, contraste fortement avec le discours officiel du gouvernement haïtien.

La sécurité au cœur de la bataille politique

Pour les signataires, la question dépasse largement le calendrier électoral.

Ils rappellent que les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, qui regroupent une part déterminante du corps électoral, figurent également parmi les territoires les plus durement frappés par les violences. Dans ces conditions, organiser des élections reviendrait, selon eux, à priver une partie importante de la population de son droit effectif de participer au scrutin et à créer une légitimité institutionnelle contestable.

Au-delà de l’insécurité, Montana affirme que la crise haïtienne demeure avant tout une crise de gouvernance, de légitimité institutionnelle et de rupture du consensus politique. Le mouvement estime que les difficultés sécuritaires ne sont que la conséquence d’un dysfonctionnement plus profond de l’État.

Un nouvel appel à une transition politique

Fidèle à sa ligne, l’Accord de Montana réitère sa proposition d’une gouvernance bicéphale, qu’il présente comme la condition préalable au rétablissement progressif de l’autorité de l’État, de la sécurité publique et de la confiance dans les institutions.

Les signataires demandent à la communauté internationale de renoncer à une approche qu’ils jugent exclusivement électoraliste de la crise haïtienne. À leurs yeux, un scrutin organisé dans les circonstances actuelles ne réglerait aucune des causes profondes de l’instabilité et risquerait, au contraire, d’enraciner davantage la crise politique.

La démocratie ne se résume pas à une date

Le communiqué de l’Accord de Montana remet en lumière une fracture devenue centrale dans le débat haïtien : faut-il privilégier le respect du calendrier électoral ou créer d’abord les conditions politiques, institutionnelles et sécuritaires permettant un vote réellement libre ? Derrière cette opposition se dessine une confrontation plus large entre deux visions de la sortie de crise. L’une considère l’élection comme le point de départ du rétablissement de l’État ; l’autre estime qu’elle ne peut en être que l’aboutissement. C’est désormais sur cette ligne de fracture que se joue une partie de l’avenir politique d’Haïti.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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