Entre habitants qui réclament le départ de Viv Ansanm et d’autres qui jugent sa présence indispensable à leur sécurité, Mirebalais incarne aujourd’hui l’une des conséquences les plus préoccupantes de l’effondrement de l’autorité de l’État en Haïti.
PORT-AU-PRINCE, 29 juillet 2026– La crise de Mirebalais a changé de nature. Pendant de longs mois, la commune symbolisait avant tout la progression des groupes armés et le recul de l’État. Aujourd’hui, un phénomène plus inquiétant encore semble émerger : la population elle-même apparaît profondément divisée sur l’avenir de la ville.
Plus d’un an après l’installation de Viv Ansanm, en mars 2025, deux visions s’opposent désormais. D’un côté, des habitants qui réclament le départ du groupe armé afin de retrouver leurs maisons, leurs commerces et une vie normale. De l’autre, des citoyens qui estiment que la présence de Viv Ansanm constitue, faute d’une protection effective de l’État, une garantie contre de nouvelles violences.
Cette fracture est révélatrice d’une réalité que les chiffres ne suffisent plus à décrire : lorsque l’autorité publique disparaît durablement, la perception même de la sécurité se transforme.
La controverse s’est intensifiée après les initiatives entreprises par le maire de Mirebalais, qui aurait accepté certaines exigences formulées par Viv Ansanm, notamment en engageant le désarmement du groupe d’autodéfense constitué dans la commune. Présentée comme une tentative de réduire les affrontements, cette décision suscite désormais des réactions opposées.
Certains habitants, restés sur place durant la période de contrôle du groupe armé, affirment avoir subi des pressions ou des abus imputés au groupe d’autodéfense. Ils considèrent que leur sécurité passe désormais par le maintien du statu quo.
À l’inverse, de nombreuses familles déplacées estiment que la présence continue de Viv Ansanm rend impossible tout retour durable à Mirebalais. Elles réclament le rétablissement de l’autorité de l’État afin de pouvoir reconstruire leur existence dans des conditions de sécurité et de dignité.
Le paradoxe est saisissant. La question n’est plus seulement de savoir comment reprendre le contrôle d’un territoire, mais comment empêcher que la crise sécuritaire ne se transforme en une fracture durable entre citoyens d’une même commune.
Cette évolution constitue un avertissement pour l’ensemble du pays. Lorsqu’une partie de la population en vient à considérer un groupe armé comme une solution de protection, c’est le signe que les institutions publiques ne remplissent plus pleinement leur mission fondamentale. La sécurité devient alors une réalité fragmentée, dépendant des circonstances locales plutôt que de l’application uniforme de la loi.
Il appartient désormais à l’État haïtien de reprendre l’initiative. La réponse ne peut être exclusivement sécuritaire. Elle doit associer le rétablissement de l’ordre public, une justice crédible, la protection des populations civiles, le retour des personnes déplacées et la restauration progressive de la confiance envers les institutions.
Les autorités locales, pour leur part, doivent éviter que les tensions actuelles ne dégénèrent en affrontements entre habitants. Leur responsabilité est de préserver le dialogue et la cohésion sociale, sans renoncer aux principes de l’État de droit.
L’enjeu dépasse largement Mirebalais. Ce qui se joue aujourd’hui dans cette commune pourrait préfigurer les défis auxquels seront confrontées d’autres régions d’Haïti si l’État ne parvient pas à restaurer durablement son autorité. Car lorsqu’une communauté se divise sur la légitimité même de ceux qui exercent la force, c’est toute la République qui vacille.