À l’occasion de la fête de leur patron saint, Saint Yves, les membres du barreau de Port-au-Prince ont participé, ce mardi 19 mai 2026, à une messe célébrée à l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville. Plus de 150 avocats, juristes, notaires, magistrats, greffiers et arpenteurs y ont pris part, dans un contexte national marqué par l’insécurité, l’effondrement institutionnel et la crise de confiance envers la justice haïtienne.

Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Me Carlos Hercule, ancien ministre de la Justice, ainsi que Me Napoléon Lauture et Me André Michel.

La célébration eucharistique était présidée par le révérend père Robinson Grégoire, dont l’homélie, particulièrement incisive, a dénoncé avec vigueur la corruption et l’impunité qui gangrènent la société haïtienne. Revenant sur la figure de Saint Yves, patron des avocats, le religieux a rappelé l’exigence morale attachée à la profession juridique.

« Saint Yves était avocat, pas voleur ; chose admirable pour le peuple », a-t-il lancé devant une assemblée attentive. « Saint Yves n’était pas seulement l’avocat des pauvres ; il était la conscience des puissants, l’avocat des sans-voix, le défenseur de ceux que l’argent, la peur et la corruption voulaient écraser. »

Dans une adresse au ton grave, le père Grégoire a estimé qu’Haïti avait aujourd’hui besoin de « prophètes de justice ». Selon lui, aucune renaissance nationale ne sera possible « tant que l’impunité deviendra système, tant que la corruption deviendra culture, tant que le bien commun sera sacrifié sur l’autel de l’égoïsme, de l’argent facile et des intérêts obscurs ».

Le religieux a également dénoncé les conséquences sociales de la corruption, qu’il considère comme « un péché contre le peuple pauvre ».

« Elle vole le pain des enfants, détruit les écoles et les hôpitaux, étouffe les rêves de la jeunesse et tue silencieusement l’espérance d’une nation », a-t-il poursuivi.

Prenant la parole à son tour, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Patrick Pierre-Louis, a dressé un tableau alarmant de la situation sécuritaire et judiciaire du pays. Il a dénoncé le sort de milliers d’Haïtiens « exilés sur leur propre terre », pourchassés, violés, assassinés ou affamés dans l’indifférence générale.

Le juriste a également déploré l’incapacité de l’État à reprendre le contrôle des territoires occupés par les gangs armés, s’interrogeant ouvertement sur la possibilité de récupérer ces zones perdues. Il a évoqué les difficultés auxquelles sont confrontés les commerçants et transporteurs incapables d’acheminer leurs marchandises vers les grandes villes en raison de la violence qui sévit à travers le pays.

Enfin, Me Patrick Pierre-Louis a vivement critiqué les autorités judiciaires pour leur incapacité à rendre justice dans le dossier de l’assassinat de l’ancien bâtonnier et professeur de droit Monferrier Dorval, tué à son domicile le 28 août 2020.

Au-delà de la célébration religieuse, cette fête de Saint Yves aura surtout été l’occasion, pour les acteurs du monde judiciaire haïtien, de lancer un cri d’alarme face à l’effondrement de l’État de droit et à la banalisation de la violence dans le pays.

By Tanes DESULMA

Tanes DESULMA, Rédacteur en chef d’Alternance-Media, je suis diplômé en journalisme de l’ICORP et en droit public de l’École de Droit de La Sorbonne. Passionné par l’information et la justice, je m’efforce de proposer un journalisme rigoureux et engagé.

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