Déjà affaibli par les sanctions internationales, Youri Latortue essuie un nouveau revers politique. À Gros-Morne, toute la direction locale d’Ayiti An Aksyon annonce son départ, sur fond de désaccords sur la conduite du parti, de nominations contestées et de promesses non tenues.
Cette fois, c’est toute une équipe dirigeante qui s’en va. À Gros-Morne, la coordination communale d’Ayiti An Aksyon (AAA) a décidé de quitter collectivement le parti. Dans une lettre datée du 10 octobre 2026, adressée au coordonnateur national par intérim, Jean Beauvoir Dorsonne, les démissionnaires exposent les raisons d’une rupture nourrie par plusieurs années de frustrations.
Leur décision fait suite à une résolution interne du 17 septembre. Ils annoncent leur départ avec effet immédiat dès réception du courrier. Le document comporte vingt noms, parmi lesquels figurent plusieurs responsables de sections communales. C’est donc l’ossature locale du parti qui se retire.
Lettre de démission collective.pdf
Au cœur de la colère : le sentiment d’avoir été écartés des décisions tout en continuant à défendre les couleurs d’AAA sur le terrain. Dans leur bilan du fonctionnement du parti entre 2019 et 2026, les auteurs accusent le directoire de privilégier le favoritisme au détriment du mérite et de négliger l’engagement des cadres communaux.
Les nominations constituent l’un des principaux points de friction. Les démissionnaires contestent notamment le choix de Raphaël Clavanet Marado comme vice-délégué de l’arrondissement de Gros-Morne. Selon eux, cette décision a été prise sans consultation de la coordination communale. Pour les responsables sortants, cette méthode illustre le peu de considération accordé à leur travail et à leur connaissance du terrain.
Ils dénoncent également des démarches visant à former une nouvelle coordination autour de Sénac Hubert, sans avoir préalablement consulté Marckson Benjamin, qu’ils présentent comme le coordonnateur communal légitime. Une initiative vécue comme un contournement de la direction en place.
Derrière ces choix de personnes, c’est la répartition des responsabilités et le fonctionnement même du parti qui sont contestés. Les dirigeants locaux reprochent au sommet de décider sans eux, au risque de transformer les désaccords internes en rupture ouverte.
À cette bataille des postes s’ajoutent des engagements que les démissionnaires jugent restés lettre morte. Ils citent notamment l’installation annoncée à Gros-Morne de bureaux de la Direction de l’immigration et de l’émigration ainsi que de la Caisse d’assistance sociale. Selon leur courrier, ces projets n’ont pas abouti, contribuant à briser la confiance envers le directoire.
Le constat est amer. Les auteurs affirment ne plus avoir d’avenir dans une formation où leur fidélité ne trouve, à leurs yeux, aucune reconnaissance. Ils vont jusqu’à décrire leur loyauté comme ayant été trahie par ceux qui occupent le sommet de l’organisation.
Pour Youri Latortue, auquel une copie de la lettre est adressée en qualité d’ancien coordonnateur, le coup est rude. L’ancien président du Sénat a déjà été visé par des sanctions américaines et canadiennes en novembre 2022. Cette rupture collective vient ajouter une difficulté interne aux pressions internationales qui pèsent sur son parcours politique.
À Gros-Morne, AAA doit désormais reconstruire sa direction et renouer avec le terrain. Le départ de toute une coordination laisse un vide que de simples nominations auront du mal à combler sans réponse aux griefs exprimés. Pour le parti, l’enjeu est désormais de retrouver la confiance de ceux qui faisaient vivre son organisation dans la commune.
Alternance Média — Service politique